Poésie

Louis Aragon, Italia Mea

Je suis sûre que vous connaissez Louis Aragon, peut-être ne l’avez-vous jamais lu mais son nom est célèbre dans la littérature française. Aujourd’hui je vous ai donc sélectionné un poème de lui qui me rappelle ma seconde patrie.

« Italia Mea »

Toi dont nos peupliers rêvent dans leur exil
Plainte que j’ai portée en moi toute la vie
Imaginaire azur je te demande asile
Terre du long désir Italie Italie

J’irai je marcherai la nuit dans tes collines
Je m’assiérai dans l’ombre où les vents dormiront
L’aube m’y trouvera prêt à sa discipline
Et ta lumière peinte où me brûler le front

Je t’apporte mon cœur c’est un enfant prodigue
Pardonne-lui d’avoir si longuement tardé
Dans ces pays fanés que les hivers fatiguent
Et galvaudé ses chants pour des cieux galvaudés

L’insensé qui suivit là-bas des saltimbanques
À la table des rois barbares qui s’assit
Ne lui demande pas Mère ce qui lui manque
C’est bien pour l’oublier qu’il s’agenouille ici

Car tu sais ce que c’est D’abord les gens s’amusent
D’un jeune homme inconnu dont les mots sont de feu
Et lui ne comprend pas qu’un baiser vous abuse
Que c’était pour un soir et qu’on change de jeu

On l’aura trimbalé disons quelques semaines
Avec les fournisseurs et les valets des chiens
Il aura pour cela gagé son âme humaine
Cette musique en lui dont il ne reste rien

II erre On l’a pourtant gardé dans les bagages
On s’informe parfois encore s’il est là
Mais c’est comme un bleuet qu’on se mit au corsage
À terre pour un geste au tournant qui roula

Il traînera des jours entiers par les tavernes
Il jouera les couleurs des appareils à sous
On le verra frayer les porteurs de lanternes
Les filles les voleurs et les maquereaux saouls

Va cours éloigne-toi des palais et des torches
Où ce monde paré parade insolemment
Crains si tu paraissais d’entendre dès le porche
À son rire mêlé le rire d’un amant

À supposer pourtant que les laquais te laissent
Traverser les yeux fous les salles mon ami
Écoute-les se taire et comprends ta faiblesse
Aux flambeaux ta pâleur et comment tu es mis

Où suis-je Allons faisons trois pas sur la terrasse
Quels sont ces jardins d’ombre où rôdent les parfums
Et Vérone ou Vicence où je cherche la trace
Des amours éternels et d’un amour défunt

Le Roman inachevé, Louis Aragon.

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